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Publié le 26 mai 2019 | par Rédaction

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Discours de 2MSG au buffet inaugural

Discours pour la cérémonie d’ouverture de la Quinzaine des cultures LGBTI 2019 à Lyon Collectif MIGRATIONS, MINORITÉS SEXUELLES et de GENRE

Nous sommes l’association 2MSG : Migrations, Minorités Sexuelles et de Genre. Nous sommes un collectif de personnes migrantes et alliées. Nous prenons en charge les personnes migrantes LGBTI pendant leur demande d’asile, et après !

Nous sommes gay. Nous sommes lesbiennes. Nous sommes trans. Nous sommes aussi des personnes migrantes. Nous avons fui notre pays parce que nous sommes persécutées. Nous avons fui le harcèlement, les violences physiques, les mariages forcés, la transphobie, l’homophobie. Certaines personnes parmi nous ont failli être assassinées. Beaucoup ont été battues. D’autres ont été violées. Nous sommes venu·es nous réfugier en France parce que nous n’avions pas le choix.

Nous étions harcelé·es dans nos pays parce que nous sommes LGBTI. En France nous sommes des personnes migrantes et nous sommes traité·es comme tel.

Certaines personnes parmi nous ont traversé le désert. Certaines ont vécu les horreurs de la Libye. Beaucoup d’entre nous ont traversé la Méditerranée. Comme les autres, on a vu des personnes torturées, violées, assassinées, mourir noyées. Parfois, ces personnes étaient nos amants ou nos amantes.

Nous arrivons le plus souvent par l’Espagne ou l’Italie. Une fois en France, on nous met en procédure Dublin. C’est à dire que la France veut nous renvoyer en Espagne ou en Italie pour déposer notre demande d’asile. Ce sont des mois d’attente, pour savoir si nous partons ou si nous restons. Des mois d’attente à ne rien pouvoir faire.

Après tout ce qu’on a traversé, vous imaginez ce que ça fait sur notre moral !

Nous venons en France pour être protégé·es. Quand on arrive, qu’est‐ce qu’on découvre : on nous dit qu’il y a trop de monde pour les capacités d’accueil, qu’il y a trop de personnes migrantes en France. Résultat, nous sommes plus de 70 personnes dans le collectif, à ne pas avoir d’hébergement. Nous sommes aussi une quinzaine à ne recevoir aucune aide financière. Les restrictions sont de plus en plus nombreuses. Nous n’avons pas le droit de travailler, on se retrouve avec rien.

Comment se préparer à la demande d’asile quant on dort dehors avec le ventre vide ?

Car en fait, on découvre que le pire est à venir : l’entretien OFPRA. L’Office Français de Protection des Réfugiés et Apatrides est l’organisme qui statut sur notre sort. Pour obtenir l’asile, l’OFPRA nous demande de prouver qu’on est gay, qu’on est lesbienne, qu’on est trans. Il nous faut prouver.

Comment nous l’avons su ? Avec qui avons‐nous couché ? Qu’est ce que nous faisions ensemble ? On regardait des pornos gay ou hétéros ? Pourquoi on s’est marié·es alors qu’on est gay ou lesbienne ? Pourquoi n’avons‐nous pas pensé à fermer la porte à clef quand nous nous sommes fait prendre ?

Toute notre vie, nous nous sommes caché·es. Nous n’avons rien dit. Nous avions peur d’être repéré·es. Et puis là, il faut qu’on raconte tout, à des gens que nous ne connaissons pas. Celles et ceux qui décident si nous méritons l’asile ou non.

On s’est fait tabasser. Violer. Torturer. Certaines personnes parmi nous ont failli mourir. Il nous faut le prouver. Et puis là, on reçoit un courrier de l’OFPRA qui nous dit : « Vos déclarations ne permettent pas de tenir vos craintes pour établies, donc on ne vous donne pas l’asile ».

Alors quoi, on n’est pas pédé ?

Parce que nous n’avons pas su dire les choses ? Parce que nous ne parlons pas facilement de notre sexualité ? On vient nous dire que nos persécutions n’existent pas.

Pour nous, c’est d’une violence inouïe.

Nous avons fui notre pays parce que nous sommes LGBTI. Nous sommes isolé·es au sein de nos communautés en France pour les mêmes raisons. Le soutien de la communauté LGBTI n’est pas toujours au rendez‐vous. Et en plus, on nous refuse le droit d’asile.

À Lyon, notre collectif 2MSG tente de pallier aux conséquences du traumatisme de la migration, et aux problèmes d’hébergement, d’argent, d’accueil, de solitude. Nous hébergeons quand on peut. Nous donnons de la nourriture. Nous assistons les personnes dans toutes leurs démarches pendant et après leur demande d’asile. Nous restons un collectif de personnes migrantes et bénévoles. Nous avons peu de moyens. Nous ne pouvons pas nous substituer à l’action publique.

Nous demandons, ici à Lyon :
‐ Un hébergement pour toutes et tous.
‐ L’octroi sans restriction de l’Allocation de Demandeur d’Asile.
‐ La fermeture du Centre de Rétention Administrative de Saint‐Exupéry et l’arrêt des expulsions.
‐ La possibilité pour toutes les personnes dublinées de déposer leur demande d’asile à la préfecture de Lyon.

Et en France, nous demandons :
‐ Le respect des droits des personnes demandeuses d’asile.
‐ Le retrait de la loi asile et immigration.
‐ Une réflexion sur l’accueil des personnes demandeuses d’asile LGBTI et la prise en charge de leur dossier à l’OFPRA.
‐ Une action de la France pour porter la cause des personnes demandeuses d’asile LGBTI à l’international.

Membres de la communauté LGBTI. Métropole de Lyon. Mairie de Lyon. Préfecture de Lyon. Plus que jamais, nous avons besoin de votre soutien, de votre aide, de votre protection.


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