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    Publié le 24 avril 2020 | par Rédaction

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    Réponse à l’article homophobe du Progrès

    Et le “milieu hétéro”, alors ? 

    En cette période de confinement, les comportements LGBTIAQ+phobes sont en forte hausse, Amnesty International a d’ailleurs publié récemment à ce sujet¹ . Les violences prennent parfois l’aspect de propos homophobes : c’est à ceux tenus dans une interview publiée dans Le Progrès du 18 avril 2020 que nous répondons aujourd’hui. 

    Dans un article paru dans l’édition du ​Progrès ​ du samedi 18 avril 2020 et intitulé “​Les rencontres ne restent pas virtuelles dans le milieu gay”, le Dr Jean-Michel Livrozet, aussi président du COREVIH, souligne des tendances qu’il aurait constaté au sein de la communauté gay, en cette période de confinement. En se basant sur une analyse des sites de rencontre, qui manque par ailleurs de rigueur scientifique, le Docteur affirme qu’il “​est illusoire d’imaginer que la population gay va rester sous cloche pendant deux mois”. Les citations sont vagues et les sources du docteur sont inexistantes (“​pour certains”). A travers la réactivation de stéréotypes sur la prétendue sexualité “​hyperactive” des personnes gays il contribue à la stigmatisation de ces personnes en les faisant ouvertement passer pour plus irresponsables que leurs concitoyen.ne.s.

    Pourquoi ne pas vérifier des applications comme Tinder, ou d’autres, qui mènent aussi à “​multiplier les partenaires” et dont l’activité non plus “​ne faiblit pas” ? Pourquoi est-ce que ce sont ici les réseaux de rencontre non hétérosexuels qui concentrent l’attention du médecin ? On nous répondra que c’est en raison du la spécialisation du Dr Livrozet auprès du public homosexuel : mais son regard médical et focalisé présente donc inévitablement un biais d’interprétation par manque de recul et d’ouverture sur les autres publics.​“​Les échanges de sextos”, “​le sexe à distance” ne sont pas des pratiques spécifiques aux hommes gays. ​L’Obs a d’ailleurs écrit récemment un article intitulé “​Réjouissons-nous, c’est la fête du sexe à distance !”² dans lequel les témoignages sont loin d’être exclusivement ceux des personnes visées par le docteur Livrozet.

    De plus, cette “enquête” va à l’encontre des libertés fondamentales et de la vie intime de chacun.e puisqu’il souligne que “​c’est dans les appartements que les rencontres ont lieu”. Cette réflexion perpétue et renforce les mouvements de délation et d’atteinte à la vie privée qui fractionnent notre société depuis le début du confinement. ​Pointer du doigt la communauté gay ne nous fera pas sortir plus rapidement de nos domiciles, en revanche cela contribuera à stigmatiser encore et toujours plus des personnes dont les identités sont déjà violentées quotidiennement.
    Nous remarquons également que le docteur “​a rapidement constaté l’existence d’une fracture numérique qu’il ne soupçonnait pas au sein de la communauté gay”. La fracture numérique et sociale n’est pas nouvelle, et sa méconnaissance est une preuve de l’invisibilisation des minorités au sein de la communauté LGBTIAQ+. Encore une fois, ce sont les plus privilégié.es qui profitent d’un accès aux soins, et cela d’autant plus au temps du covid-19. Certaines personnes vulnérables se voient obligées de sortir malgré elles, pour survivre et exercer un travail de première ligne.

    Nous regrettons que l’article initial n’ai pas permis, par un exercice d’objectivation journalistique, de croiser les propos du docteur avec ceux de personnes gays par exemple. A cause de cela, la parole des premier.es concerné.es est invisibilisée. L’article ne mentionne pas non plus les démarches des associations communautaires en santé, comme Aides, qui contribuent également à l’envoi des kits d’auto dépistage en cette période de confinement et qui oeuvrent par ailleurs toute l’année auprès des personnes à risques.

    Enfin il est bon de constater que certaines minorités sont ignorées si l’on tient vraiment à parler de personnes à risques. Les propos du docteur visent uniquement les hommes cisgenres³ gays et reproduisent l’éternelle focalisation des préoccupations médicales pour ce public​. ​Dans ce déversement d’homophobie ils en oublient les lesbiennes dont la sexualité est invisibilisée et pour qui les moyens de protection restent insuffisants et impensés ; les hommes trans qui ne rentrent probablement pas dans la catégorie visée par l’interviewé ; les personnes trans de manière générale dont la sexualité demeure oubliée ; les travailleuse.eur.s du sexe qui sont particulièrement vulnérables depuis le début de l’épidémie etc.

    Nous dénonçons l’ensemble des propos tenus dans l’article cité, qui véhiculent des conclusions fallacieuses sur nos sexualités et participent à propager un discours homophobe malheureusement banalisé.

    ¹voir l’article d’Amnesty International à ce propos : ​LGBTI : les discriminations s’intensifient sous couvert du COVID-19​, 17/04/2020 https://www.amnesty.fr/discriminations/actualites/lgbti-les-discriminations-sintensifient-pendant-le-covi d19?fbclid=IwAR383EVY9_O3xMtnju6VHPWCRgCOBGFSFO-l1grr41sQ0kyAp_Ll3lKavag

    ²​Réjouissons-nous, c’est la fête du sexe à distance​, Renée Greusard, 25 mars 2020, https://www.nouvelobs.com/nos-vies-intimes/20200325.OBS26581/rejouissons-nous-c-est-la-fete-dusexe-a-distance.html

    ³personne dont le genre correspond au sexe assigné à la naissance, à l’inverse des personnes trans.
     
    Rédaction : Collectif Fiertés en Lutte

    Co-signataires :  Les Soeurs de la Perpétuelle Indulgence – Couvent des 69 Gaules ; Aides Lyon


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